Une capacité croissante à tolérer l'étrange

Suggestion :
Tarmac
de Nicolas Dickner
Alto, 2009

Cote : 4 sur 5


Imaginez. Si vous saviez quand et comment le monde se terminait, qu’en feriez-vous? C’est la prémisse de Tarmac, le second roman de Nicolas Dickner. Depuis les années 80, le monde que nous connaissions n’existe plus et nous ne le savions même pas. Il s’est éteint durant l’été 1989. Ou le 17 juillet 2001. Dans tous les cas, l’apocalypse a commencé au Japon ou dans une Lada à Rivière-du-Loup. (Nous avons vu plus étrange, il y a eu George W. Bush).
 
Acceptez. Qu’il soit improbable ou carrément impossible, il faut se laisser pénétrer par l’univers de Tarmac car l’invraisemblable fait partie de nos vies. C’est l’anecdote que l’on raconte à la fin de notre journée, c’est à la fois une guerre qui n’en finit plus à l’autre bout du monde et une roche entrée dans notre soulier au 24e étage d’une tour à bureau. C’est rencontrer l’amour de sa vie et le plus grand imbécile qui soit. La théorie de l’évolution a ses ratés. Tarmac, c’est un peu L’éducation sentimentale de Flaubert, avec un ou deux zombies. (Nous avons vécu plus étrange, il y a eu la saison du Canadiens).
 
Foncez. L’étrange est votre ami. Pas besoin d’un mijoté d’elfes avec une sauce freudienne pour apprécier l’étrange. Tarmac se l’approprie par ses personnages colorés dans un monde si près de la réalité. Une collection de soupes ramens côtoie la chute du mur de Berlin. Rapport subtil des bouleversements historiques qui ont marqué à la fois la fin du 20e siècle et les personnes qui les ont vécus, Tarmac met l’emphase sur l’absurde qui les habite. Combien pour un morceau du mur?  (Nous avons lu plus étrange, il y a eu La triste fin du petit enfant huître).
 
Écoutez. Dickner nous invite à dévaler les pages de son roman grâce à un rythme effréné soutenu par une verve précise. Grâce à un ton juste et une retenue évitant les longues descriptions, il réussit à garder le lecteur en haleine sans le perdre, quelque part entre New York et Seattle. Chaque chapitre (et il n’en fait pas l’économie) est précédé d’un titre révélateur et ponctué d’une chute frappante. Dickner est peut-être l’enfant illégitime de Margaret Atwood et de Boris Vian. (Nous avons entendu plus étrange, il y a Normand L’Amour).
 
Découvrez. Que les scientifiques me crucifient, il n’y a pas qu’une réalité. Ou du moins, pas qu’une version de celle-ci. Le mythe de la fin du monde nous parle de révélation et Dickner s’en inspire pour son roman. L’apocalypse selon Saint-Kerouac. Tarmac devient la fresque majestueuse d’un univers social et culturel foisonnant. Peinte par Picasso, évidemment. (Nous avons vu plus étrange, il y a eu la mode fluo).
 
Imaginez. À chacun sa fin du monde.
 

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