Falardeau, la mort d'un boxeur
Collaboratrice de la Librairie de Verdun "Ca se peut bien que je sois devenu le bouffon de service. Mais dans la cour du roi, le fou, c'est encore le seul qui pouvait dire des vraies affaires". Disons le d'emblée, Falardeau était de cette trempe d'homme à qui on ne la faisait pas. Avec lui pas d'entourloupes, de coups fourrés. Il écrivait comme il aurait cogné s'il avait été boxeur ; avec ténacité, endurance et courage. Il y avait du Michel Audiard et du Léon Bloy dans ses écrits, une bonne dose d'humour et d'autodérision et quelque-chose comme de la tendresse, de celle qu'on peut trouver chez l'écrivain et poète Charles Bukowski, avec l'espoir de celui qui, acculé dans les cordes, continuait de lancer ses poings, vaille que vaille, coûte que coûte.
Vous le preniez pour un fêlé avec son histoire d'indépendance? Non, le morceau n'a pas encore descendu l'œsophage et comme disait Audiard : heureux soient les fêlés car ils laisseront passer la lumière.
Falardeau était un pamphlétaire, pas une sainte-nitouche. On ne demande pas à un pamphlétaire de marcher dans les clous mais de nous les enfoncer là où ça fait mal. On ne lui demande pas de faire dans la dentelle et de jouer les bénis oui-oui, mais de nous faire rire férocement des travers du monde.
L'indépendance qu'il défendait n'est ni intemporelle ni tombée en désuétude : elle était humaine, elle lui ressemblait. Elle peut mourir avec lui ou lui survivre, il est encore trop tôt pour le dire. ("Les bœufs sont lents mais la terre est patiente").
Amateur de mots sans-culottes pour reprendre la formule de Léo Ferré, Falardeau combattait la bêtise, ce que Karl Marx appelait la troisième puissance après la violence et le capital. Il s’en prenait à l’ordre, aux hygiénistes de la romance, aux têtes de mort rasées de près, à ceux qui lèchent, encensent, décorent, flattent, sourient et menacent. Oui, la liberté n'était décidément pas une marque de yogourt pour Falardeau et sa technique était assez surprenante : ça ressemblait a du hareng avec un arrière-goût de caviar. Assez rare pour être souligné. Généralement c’est l’inverse. Enfin l’homme était de parole et savait ce que pesait un mot ("Les armes, les mots, c'est pareil, ça tue pareil" disait Ferré).
Dans son monde, il y était question d’ennemis, de poésie, de combats, d’amours, de trahisons, et surtout, d’insoumission sous toutes ses formes.
Falardeau donnait envie de relire Orwell et son "Hommage à la Catalogne", de découvrir Gaston Miron et Pierre Perrault, de partir à la rencontre d’un Québec oublié trop vite, enterré trop tôt, mais qu’on se le dise, qui n’est pas encore mort.
« La boxe c’est long, ça prend du temps… Le gagnant c’est le dernier qui arrête de se battre ».
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Pierre Falardeau, "Rien n’est plus précieux que la liberté et l’indépendance", VLB, 2009.
Pierre Falardeau, "Les bœufs sont lents mais la terre est patiente", VLB, 1999.
George Orwell, "Hommage à la Catalogne", 10/18, 2000.
La Boétie, "Discours de la servitude volontaire", Gallimard, 1995.
Pablo Neruda, "Chant Général", Gallimard, 1984.
Pierre Perrault, "Le visage humain d’un fleuve sans estuaire", Trois Rivières, Écrits des Forges, 1998.
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